Point Zéro

antoine Tracqui · Chapitre 97 sur 319

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Point Zéro

13 h 08 UTC

— Dans ces conditions, insista la jeune femme, comment ont–ils pu la louper ? Le moins qu’on puisse dire, c’est qu’elle n’est pas particulièrement discrète !

— Vous ne vous êtes pas demandé pourquoi ce site avait été retenu pour le chantier ? L’Antarctique compte dix–huit mille kilomètres de côtes dont 96 % sont recouvertes de barrières de glace ; le reste est représenté pour l’essentiel par des reliefs rocheux très escarpés et inaccessibles. Cet endroit faisait justement exception : depuis un demi–siècle, tous les explorateurs avaient noté que le cap Norvegia était libre de glaces même en hiver et qu’il présentait plusieurs fjords constituant d’excellents ports naturels ; on y trouvait même une étroite plaine littorale très peu accidentée, ce qui est pratiquement sans équivalent sur l’ensemble du continent. Un endroit idéal pour le projet.

— Attendez une seconde ! intervint Joshua. Le lieu où nous nous trouvons n’a rien…

— Rien à voir avec cette description. C’est exactement ce qu’a dû penser Byrd en arrivant ici et en trouvant un gigantesque ice shelf à l’endroit même où se situait la base. Et c’est pour ça qu’il est resté ici pendant un mois avant de tout laisser tomber et de rentrer au bercail. Il ne reconnaissait rien. Pas le moindre détail géographique. Comme s’ils avaient été transportés en un tout autre endroit de la côte.

— Mon Dieu ! dit Sarah Miller qui avait suivi l’échange avec attention et arborait maintenant une expression bouleversée. Ce qu’on voit sur le film… l’événement hautement énergétique dont parlait Sanjiv !…

— C’est ça, Sarah, opina le milliardaire d’un air grave. Il n’y a pas d’autre explication. Je ne sais toujours pas ce qui s’est passé ici. Mais quoi qu’il en soit, cela a été suffisamment violent pour remodeler cinquante kilomètres de littoral et pour enfouir la base Roosevelt sous une banquise grande comme le Luxembourg. »

 

13 h 08 UTC

 

Seule dans son élégant bureau dont les baies vitrées donnaient sur le golf de Pleasant Valley, la première directrice adjointe du NRO fixait avec ébahissement le grand écran holo suspendu au centre de la pièce. La tasse de thé dans sa main droite était en train de refroidir, mais elle n’en avait cure ; elle ne savait ce qui était le plus déconcertant, de l’énorme structure sur la plage ou de la scène qui se déroulait en ce moment même au milieu de la rade. Les deux dinghies chargés d’hommes, leurs gros moteurs hors-bord manifestement poussés à fond, avaient dépassé l’extrémité de l’iceberg qui les dissimulait et obliquaient maintenant en direction du Global Defender, qu’ils atteindraient d’ici une ou deux minutes tout au plus. Ils n’ont pas l’air partis pour une visite de courtoisie, pensa–t–elle.