Point Zéro

antoine Tracqui · Chapitre 84 sur 319

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Point Zéro

11 h 35 UTC

— Attends, Sarah… tu veux dire que ce que nous avons, c’est la dernière séquence tournée par cette caméra ? demanda Viktor Bernstein qui n’osait y croire.

— « Exact, mon oncle. Je vous la télécharge de suite. Soyez attentifs, ça ne dure pas très longtemps. »

 

11 h 35 UTC

 

Le sergent Bagvan Darjiev fit claquer la culasse de son SV-98 avant de vérifier pour la énième fois les réglages de sa lunette. Tomski eut un sourire. Le colosse sibérien était l’un des meilleurs snipers qu’il ait eu l’occasion de commander ; entre ses mains, le gros fusil de précision devenait une arme d’une efficacité sans égale, capable de porter la mort à plus de mille deux cents mètres avec une exactitude chirurgicale. Darjiev avait également la patience infinie du tireur embusqué, pouvant si nécessaire rester tapi des jours entiers en attendant que sa proie daigne se présenter devant son canon.

Tomski, qui venait de regagner leur poste d’observation, était de retour de l’igloo où il avait eu une brève conversation radio avec le général Iazov : « Les autres arrivent dans deux ou trois heures, lui dit–il. On pourra attaquer les festivités à ce moment-là.

— Tant mieux, lieutenant. Les gars n’étaient pas ravis à l’idée de passer une deuxième nuit dans ce trou à rats.

— Du neuf là-dessous ?

— Niet, Lieutenant. Pas un chat sur la plage. Et personne n’est ressorti de cette foutue galerie. Par contre, ça bouge sur leur barcasse : ils sont en train de charger des dizaines de caisses sur la barge. Et on dirait que le reste de l’équipe s’apprête à débarquer aussi.

— Fais voir », dit Tomski en saisissant la paire de jumelles tactiques que lui tendait le tireur. Le lieutenant balaya le pont arrière du Global Defender mouillé à un demi-mile de distance. Il y avait effectivement de l’animation : une bonne douzaine de personnes, plus trois robots, qui paraissaient très affairés à transbahuter une quantité impressionnante de matériel depuis le pont jusqu’à la barge amarrée à la poupe du navire.

« Vous avez vu le gros balèze près du mât de charge ? demanda Darjiev.

— Celui qui est presque aussi grand que l’asimov ? Bien sûr, on ne voit que lui sur le pont. D’après les jumelles, il s’agirait d’un certain Vassili Hautamàki… Un pote de McKay, semble-t–il. Pourquoi ? Tu le connais ?

— Son surnom, c’est One-Shot. Tout le monde le connaît dans le milieu des snipers. Un type qui joue hors catégorie depuis toujours. Et sur lequel circulent de drôles d’histoires…

— Comme quoi ? fit Tomski vaguement intéressé.

— Il aurait quitté l’armée il y a six ou sept ans. Plus ou moins reconverti dans le sauvetage civil avec ce McKay. Dans les années 2000, il aurait bossé pour le Supo, le contre-espionnage finlandais, et aussi pour leur service de renseignement militaire. Par contre, éclipse totale entre 2005 et 2010 : personne ne sait au juste ce qu’il a foutu pendant cette période. Mais on se doute un peu de l’endroit où il traînait…

— Pourquoi ?

— Parce qu’il n’y a pas un seul bled entre Beyrouth et Islamabad où sa tête ne soit mise à prix. On dirait que les oussamas ne le portent pas dans leur cœur…

— Un tchoukhonets’(20) ! cracha Tomski d’un ton méprisant. Ces types-là sont trop cons pour tenir un balai, et tu dis qu’il saurait se servir d’un fusil !

— Les Finlandais ont toujours fourni les meilleurs snipers du monde, lieutenant, répondit Darjiev surpris par l’ignorance de son supérieur. Rappelez-vous comment ils nous ont torchés pendant la Guerre d’Hiver…»

Le sergent faisait allusion au conflit russo-finlandais de 1939-1940, où, malgré sa supériorité numérique écrasante, l’Armée Rouge avait été défaite par la petite armée finlandaise bien mieux préparée à la guérilla en milieu hivernal. Au cours de ces escarmouches, les snipers finnois avaient fait des ravages dans les rangs soviétiques, comme le fameux Simo Hâyhâ entré dans la légende pour avoir à lui seul abattu cinq cent quarante-deux ennemis pendant la durée du conflit.

Tomski se contenta de hausser les épaules : « Peu importe. Ce connard n’est pas à l’épreuve des balles, et je compte sur toi pour nous en débarrasser quand ce sera le moment… En tous cas, tu as raison : ils sont tous en train et grimper dans la barge et…»