Point Zéro
13 h 09 UTC
Comme attiré par un aimant, son regard se porta à nouveau sur la gigantesque construction. Qu’est ce que c’est que ce truc ? Et depuis combien de temps est–il sous notre nez sans que nous ne l’ayons repéré ? Elle fit un effort de mémoire pour essayer de se souvenir quand la presse avait rapporté le détachement de l’iceberg A -87. Mardi 17 ? Mercredi ? Nom de Dieu ! Dix jours de perdus ! Pas perdus pour tout le monde, en tous cas… se dit–elle en se demandant une nouvelle fois ce que la K2 pouvait bien foutre à cet endroit.
Pas ton problème, se rappela–t–elle. Heureusement, au moins, que ce gros balourd avait pensé à la prévenir directement. D’ordinaire, elle n’encourageait pas le court-circuitage de la voie hiérarchique, mais si Poliecki avait observé les consignes, l’info aurait bien mis deux ou trois jours supplémentaires pour remonter jusqu’à une personne suffisamment accréditée. Elle soupira, avala une gorgée de thé tiède, et appuya l’index sur le capteur qui déverrouillait un compartiment secret sous son bureau. Le réceptacle ne contenait qu’un petit carnet en cuir rassemblant une vingtaine de fiches cartonnées ; chacune d’elle décrivait une situation de crise majeure susceptible de venir à la connaissance du NRO, et la conduite à tenir. En son for intérieur elle l’avait surnommé le Livre des Calamités,la plupart des scénarios envisagés étant à faire dresser les cheveux sur la tête. Elle alla directement à la page 7. celle–ci ne comportait que deux lignes.
Un simple numéro de téléphone.
Et au–dessous, la mention suivante :
À DÉTRUIRE APRÈS UTILISATION / AINSI QUE TOUT DOCUMENT EN RAPPORT.
13 h 09 UTC
« Je ne pouvais pas courir le risque d’un refus, répondit le vieil homme à Joshua. Voilà pourquoi je ne vous en ai pas parlé dès le début. Et le secret devait être maintenu jusqu’à ce que nous soyons tous ici. Ce qui est en jeu est sans équivalent dans l’histoire humaine, vous pouvez me croire…
— Vous croire ? fit Caleb d’un ton peu amène. Alors que vous n’avez pas arrêté une seule seconde de nous mener en bateau ! Et qu’est–ce qui est en jeu, d’abord ? La recette d’une bombe atomique de 1945 ? Vous ne pensez pas que, depuis le temps, on a fait quelques progrès ? Sans compter tout ce que vous avez soigneusement passé sous silence… Quelle est votre implication là–dedans, monsieur Kjölsrud ? La fable que vous venez de nous raconter remonte selon vous à plus de soixante–dix ans… Et pourtant, je serais prêt à parier que vous avez déjà mis les pieds ici ! Pourquoi l’emblème qui figure au–dessus de ce portail se retrouve-t–il sur le logo de la K2 ? Et par-dessus tout, qu’est–ce que nous foutons ici ? Vous n’allez quand même pas me dire que vous m’avez traîné ici juste pour rendre hommage à la mémoire de mon grand–père ?
— Ça fait beaucoup de questions, mon jeune ami, grinça Kjölsrud. Commençons par votre histoire de bombe. Je n’ai jamais…
— Attendez ! » lança soudain Poppy Borghese en se levant d’un air alarmé.
Depuis que le milliardaire avait commencé son récit, la jeune femme était restée assise avec sur son visage une expression d’ennui presque comique. Son changement brutal d’attitude en était d’autant plus surprenant.
« Quoi ? Qu’est–ce qu’il y a, Poppy ? demanda le milliardaire avec agacement.
— On dirait que nous aussi nous avons des problèmes de radio. Je viens à l’instant de perdre le contact avec le Global Defender.
— Je confirme, dit Vandell Richardson. La passerelle était en train de me télécharger la situation météo actualisée quand ça a coupé net.
— Vous avez essayé la fréquence d’urgence ?
— C’est mort sur toutes les fréquences, répondit Poppy. Même chose pour l’intranet de ma combi, je ne capte plus l’IA du navire.
— On dirait que tu as raison, murmura Kjölsrud. Mon médikit vient de passer en mode auto, ça veut dire que mes données de biomaintenance ne sont plus transmises au Defender… Tu as essayé en neural ?